Rencontre avec Sébastien de Age of Glory

Bonjour, peux-tu te présenter rapidement?
Bonjour, je suis Sébastien, 42 ans, je vis à Lyon et je suis le créateur de la marque Age of Glory.
 
Age of Glory a moins d’un an. Peux-tu nous raconter son histoire. Pourquoi avoir créé cette marque? 
Étant ado, j’ai toujours eu le goût des fringues, né probablement de frustrations liées aux divergences de goûts avec mes parents. 🙂 Toujours est-il que je me suis toujours rêvé monter ma propre marque de vêtements, à l’époque plutôt streetwear. Je dessinais des logos pour des tee-shirts, sweats et puis des croquis rapides de sweats ou autres sneakers. Ce doux rêve m’a poursuivi pas mal de temps mais je me rendais compte petit à petit que c’était plus compliqué que ce que j’imaginais. J’ai avancé dans d’autres directions, finalement jamais très éloignées, dans ma vie active, mais ce désir était toujours enfoui en moi. Il y a deux ans, je suis arrivé à un carrefour de ma vie professionnelle où le moment semblait idéal d’y réfléchir sérieusement. Mon expérience me permettait de mieux appréhender cette aventure et surtout j’avais l’envie et des idées. Donc je me suis lancé. Le projet a mis du temps à mûrir et devenir réel. Mais c’est le cas depuis qq mois maintenant.
 
Que fais tu au sein de AOG? 
A peu près tout. 😉 Je suis seul sur ce projet donc forcément il faut être pluridisciplinaire. Mais c’est ce qui est intéressant. Essayer de maitriser le processus général et le mettre en oeuvre au mieux, du dessin des produits à leur commercialisation, en passant par le marketing… Il est évident que cela est drivé aussi par mes moyens mais cela me plaît. Bien entendu je pense rapidement me faire épauler pour certains postes dans lesquels ma maitrise est moindre…. Step by step…
 
Où puises tu ton inspiration? 
Mon inspiration vient principalement des années 70 et de l’âge de gloire, à mes yeux, de la moto. Il y avait à cette époque dans l’univers de la moto, une énergie débordante, une impression de liberté et un style bien particulier. Je ne l’ai pas vécu personnellement, mais je suis né dans cette période, et c’est ce qui en ressort de tout ce que j’ai pu en voir. Le documentaire / film « On Any Sunday » de Bruce Brown retranscrit parfaitement cela: un mélange d’adrénaline et de sensations, de liberté d’aller où l’on veut et de partager ça avec ses potes. Pas de barrières, juste avancer et se faire plaisir. Ca résume bien ma vision personnelle de la moto. Les années 70 sont ma base de travail avec des classiques, mais j’aime y apporter une touche un peu plus contemporaine que je puise dans ma propre expérience du streetwear et de la mode. Des petits détails qui donnent un peu plus de personnalités aux produits.
 
Quand une personne lance sa propre marque c’est souvent parce qu’il ne trouve pas son bonheur sur le marché. Es ce que c’était ton cas? 
Effectivement c’était une des raisons mais pas la seule. Même si ces dernières années pas mal d’efforts ont été fait par les marques dans l’univers de la moto, je ne trouvais pas vraiment quelque chose qui me faisait vibrer. En fait, je voulais faire de la moto avec des vêtements qui ne ressemblent pas forcément à des vêtements de moto et donc cela n’était pas facile à trouver. Je pense que c’était aussi dû au fait que le client moto a longtemps recherché des vêtements apparentés « motards », il voulait peut-être être identifié comme tel, être apparenté à la moto et donc c’est ce qu’on lui donnait. Maintenant la mentalité change depuis quelques années. Moi j’essaye d’apporter ma propre vision en proposant des vêtements qui ont des codes classiques mais avec quelques petites touches issues de mes propres influences en dehors de l’univers de la moto.
 
J’ai vu que les vêtements avaient beaucoup de détails. C’est important pour toi? Sur les blousons en toile cirée ou en cuir, y a-t-il un détail propre à Age of Glory que l’on retrouve toujours, une sorte de signature. 
Oui les petits détails sont la touche qui permet de se différencier en général. J’ai longtemps travaillé dans l’univers du snowboard où les détails, notamment techniques, faisaient toute la différence. J’essaye donc d’y prêter attention. Je suis malgré tout resté encore assez sage sur cette première collection. J’ai dessiné quelques pièces plus « engagées » qui sortiront peut être dans le futur mais j’essaye d’y aller petit à petit, juste quelques touches pour l’instant. Un des détails communs à mes vestes est la doublure satin bleu nuit. Le satin permet de donner un côté très confortable et léger à la veste, facile à enfiler, et je trouvais que ce bleu donnait également un petit côté classe aux produits.
Les produits sont désignés en France. Où sont fabriqués les produits?
Oui les produits sont designés par mes soins, donc en France. Pour la fabrication, je souhaitais un placement prix milieu / haut de gamme, difficilement conciliable avec une fabrication en France. J’ai cherché les meilleurs compromis entre la qualité offerte et le prix public de mes produits. J’ai trouvé un fabricant au Pakistan pour mes blousons et gants. C’est une boîte familiale. Ce pays permet d’arriver à atteindre un très bon rapport qualité/prix car ils ont un bon savoir faire pour la confection de pièces en cuir notamment. Pour les autres pièces de la collection, en fonction des produits je travaille avec des fabricants au Portugal ou en Turquie notamment.
 
Sur les blousons, faites vous des tests de roulage dans différentes conditions avant de sortir le produit? Je pense à la veste en toile cirée. J’avais vu des belles images en hiver avec la neige autour. 
Lorsque je dessine un blouson ou même des gants, je reçois toujours des prototypes. Bien entendu je les essaye afin d’être sûr au maximum qu’ils sont confortables et adaptés à l’utilisation prévue, et l’environnement. Ainsi je peux ajuster certains détails ou modifier certaines formes afin d’arriver au produit définitif. L’hiver dernier, avant le lancement officiel de la marque, nous avions effectivement réalisé un petit shooting dans la neige avec Thomas Cortesi et mon pote Alex. La session fut bien marrante et cela m’avait permis de vérifier notamment la bonne conservation de chaleur de la veste dont tu parles, la Mission, qui a une doublure amovible.

J’ai vu que tu avais fait une collaboration avec la marque italienne Dastra. Peux-tu nous en parler?
Il y a 2/3 ans je cherchais une paire de boots en cuir sympa et vintage mais de couleur blanche. J’étais rentré en contact avec le boss de la marque et nous avions eu des échanges très intéressants. Il m’avait permis alors de commander exceptionnellement une version en cuir blanc du modèle qu’il proposait alors. J’étais très content de cette paire qui était très confortable et dont le look changeait un peu de ce qu’on avait l’habitude de voir, notamment la réédition de la super Victory qu’on voyait beaucoup. 
J’appréciais aussi beaucoup la démarche de la marque d’essayer de maintenir un savoir faire artisanal régional dans la conception avec une fabrication à la main en Italie. Il y a quelques mois, j’ai recontacté Davide pour lui proposer cette petite collaboration. Il a tout de suite accroché avec cette idée car il avait déjà apprécié voir mes photos de Flat Track sur lesquelles je portais la paire blanche. 
La conception de ses modèles lui avait pris beaucoup de temps donc il était compliqué de repartir de zéro avec un design 100% nouveau qui aurait nécessité beaucoup de temps de développement. On a donc opté pour l’option de partir de son modèle existant Stivali auquel j’ai rajouté la petite touche Age of Glory avec des surpiqûres en plus sur le panneau frontal de la boots ainsi que mon logo et une couleur marron avec un effet vintage. Avec la semelle Vibram rouge, cela lui donne beaucoup d’originalité et une certaine classe. Je suis fou de ces boots. On a donc décidé de les proposer à la commande. Il y a donc la possibilité de les commander sur mon site. Chaque paire sera fabriquée à la demande donc et je pense que le résultat vaut l’attente de qq semaines… 😉

Où trouves ton cette marque? Les magasins qui distribuent  cette marque sont ciblés?

J’ai un site internet mais je privilégie de travailler avec un réseau de distribution de boutiques spécialisées. La commercialisation de la marque est très récente donc pour l’instant le nombre de points de vente est encore un peu limité mais je travaille pour essayer de le développer. Oui j’essaye de rester dans des magasins ciblés moto vintage et lifestyle. Mon but est d’essayer d’avoir une distribution qualitative plutôt que quantitative. La liste des magasins sera disponible prochainement sur mon site.
Passons a une autre de tes activités. Il y a aussi Vintage Racing Challenge. Peux tu nous en dire pour sur ces événements. Combien de coureurs participent à chaque course?
Pour VRS, nous avons monté l’association à deux avec mon pote Domice il y a 3 ans maintenant. La discipline du Flat Track nous a toujours fascinés mais il semblait compliqué de pouvoir la pratiquer en France. On avait donc fait quelques recherches, et finalement réussi à trouver une piste pas trop loin de chez nous et on avait été testé cela. Le verdict était sans appel: un pur moment! et du coup, nous avons voulu monter cette association pour permettre aux gens, comme nous, de pouvoir s’y essayer. La première année on avait mis en place 3 journées de roulage ouvertes à tous, puis l’année suivante, on a mis en place une piste indoor en collaboration avec la salon du 2 roues et mis sur pied 2 dates de course avec la FFM… On réunit en moyenne une cinquantaine de pilotes à chaque date, avec des habitués mais aussi une bonne partie de nouveau à chaque date. On sent que la discipline attire et que beaucoup de gens souhaitent s’y essayer. Notre but est aussi et surtout que l’atmosphère lors de ces journées reste cool et sans prise de tête…et c’est le cas toujours aujourd’hui.
 
Combien de dates sont prévues en 2019?
Pour 2019, nous avons des nouveaux projets mais nous verrons s’ils pourront voir le jour cette année ou l’année suivante. Cela dépendra aussi des partenaires. Il y aura en tout cas, quoi qu’il arrive, au minimum 3 dates de roulage et 2 courses, en plus du flat track indoor de Lyon. On travaille actuellement sur les dates. Le flat track indoor lors du salon du 2 roues à Lyon aura lieu du 14 au 19 mars.
 
Cette année, vous avez réalisé une moto de flat track. Une Kawasaki  W650? 
En fait ce n’est pas réellement une pure moto de flat track. Ma volonté était de retrouver un peu le flat track à la ville mais d’en faire une moto pour rouler sur la route « légalement », donc c’est plus un street tracker. Mais il s’agit malgré tout d’un clin d’oeil au flat track effectivement. Surtout que j’ai rencontré Nicolas de Egerie Moto (qui a bossé sur la moto) sur un anneau de Flat Track. Pour ce projet, le but était de faire une moto Néo Retro avec des codes un peu vintage. Sur une base de Kawasaki W650, on a préparé un très joli street tracker. La moto a bien été relayée sur le web et les magazines Européens. On est assez fier du résultat. Ce fut une super expérience de travailler sur ce projet avec Nicolas.
 
Combien de temps à durée le projet? 
La conception de la moto a duré plus de 200h.
 
Y en a-t-il d’autres déjà en préparation? 
Non pas encore. 😉 Age of Glory n’a, à priori, pas vocation à devenir un préparateur de moto, mais j’y ai pris goût donc il y aura peut-être des petites soeurs à l’avenir… C’est pourquoi je pense mettre en vente la W650, pour peut être refinancer un nouveau projet. J’ai déjà quelques idées si cela se fait.
 
Un peu plus sur toi. Je suppose que tu as quelques motos. Peux-tu nous les décrire? 
> oui j’ai quelques motos. 😉 J’ai deux Triumph. Une Bonneville modèle carbu qui est ma daily bike. J’ai fait quelques modifications dessus mais surtout pour l’épurer un peu. Je tiens beaucoup à cette moto. Ma seconde Triumph est une Tiger Cub T20 de 1965. Je l’avais achetée en version « route » mais je l’ai modifiée en Trial vintage. On peut la voir notamment sur des images de Age of Glory. J’ai également un DR600 que j’ai modifié avec 8cycles en moto de Flat Track. Cette moto a une petite histoire car je l’avais achetée d’occasion 15 jours avant de partir faire un rallye raid au Maroc (Sandraiders). C’est une rallye Raid « vintage ». Il fallait avoir des motos avant les années 90. J’ai roulé pour la première fois avec au départ du rallye. J’ai eu quelques péripéties avec mais elle a bien tenue le choc. Mon idée était de la revendre en rentrant mais elle est resté qq temps dans mon garage jusqu’au jour où j’ai décidé de lui donner une seconde vie.  C’est devenu ma moto de flat Track et j’en suis bien content. Et récemment j’ai acheté une Husqvarna de 72, un modèle qui me faisait rêver depuis quelques temps. J’ai trouvé une épave et je la restaure avec mon pote Alex, Dr Biclou.
Et puis il y a la Kawasaki W650 que j’ai faite en collaboration avec Nicolas de Egerie Moto bien sûr.
Depuis combien d’années roules tu? 
Finalement pas si longtemps que cela. Mes parents étaient réfractaires aux 2 roues. A 12 ans ma marraine m’avait offert une petite initiation de MX et j’avais adoré. Je sais même pas si à l’époque mes parents avaient été courants. Quoi qu’il en soit j’avais ce super moment gravé en tête et je rêvais un peu en regardant notamment les exploits de JMB à l’époque. Véto parental oblige, je me suis plus dirigé vers le skate et le snowboard. Mais la moto était toujours quelque part dans ma tête. Et puis via le snowboard j’ai rencontré des amis qui travaillaient dans la moto. A force de les saouler pour qu’ils m’emmènent refaire un petit tour dans la boue, ils ont fini par craquer et pour moi ce fut le déclic. 15 jours après j’ai acheté un enduro et j’ai commencé à rouler, puis j’ai passé le permis… J’ai dû mettre l’enduro rapidement de côté à cause de problèmes de dos mais pas la moto!
 
Quels sont tes autres centres d’intérêts?
Mon travail et la moto me prennent beaucoup de temps donc difficile de trouver des créneaux pour m’adonner à d’autres passions… Mais j’ai toujours eu de l’intérêt pour l’art contemporain. Le terme de street art ne veut plus vraiment dire quelque chose de nos jours mais j’aime beaucoup toute la mouvance post graffiti. Lorsque j’avais encore du temps, je peignais également… Mais j’ai l’impression que c’était dans une autre vie… Et puis j’ai toujours eu un gros faible pour les sneakers. Je me suis calmé avec l’âge,  mais ma collection reste encore assez conséquente.
Je te laisse le mot de la fin.

Pour le mot de la fin, je remercie ceux qui m’ont aidé dans l’entreprise de ce projet, principalement dans le soutien et la confiance reçue. On passe très souvent par des moments de doute et questionnement et dans ces moments là, il ne faut pas perdre le cap. Merci à eux, ils se reconnaîtront. C’est un projet ambition et une belle aventure qui commence. Le bébé ne demande qu’à grandir! J’y mets beaucoup de passion et d’implication personnelle… et heureusement d’ailleurs. La suite, c’est l’avenir qui nous le dira! 

Keep it real!

La collection Age Of Glory www.ageofglorygarments.com

Photos : Thomas Cortesi

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