Rencontre avec Jérome de Le Moderne

Bonjour, peux-tu te présenter rapidement?

Bonjour Laurent. Je m’appelle Jérôme, j’ai 35 ans. Je vis et travaille à Paris depuis un peu plus de 12 ans.

Nous allons parler de Le Moderne. Comment as-tu commencé l’aventure? Quel a été le déclic?

J’ai toujours aimé les bijoux pour hommes mais j’ai toujours eu un peu de mal à en trouver qui me plaisaient vraiment. Les femmes ont beaucoup de choix… Nous moins ! À l’origine, c’était les hommes qui portaient des bijoux pourtant. J’aime le design, en général. Je crois que j’avais envie de dessiner des bijoux depuis longtemps. De me diversifier. M’essayer dans un nouvel univers. Je ne suis pas issu de la joaillerie, même si j’avais un grand-père et un oncle horloger. Cette expérience est quand même un peu inattendue pour moi. Ma rencontre avec Mélanie, aujourd’hui mon associée, m’a ouvert à l’univers de la mode et de l’accessoire pour hommes. L’idée de créer une marque s’est fait assez précipitamment en réalité. Le déclic s’est fait lors d’une soirée. J’ai rejoint Mélanie qui dînait avec des clients, lorsqu’elle travaillait encore en tant que commerciale en showroom. Un de ses clients bijoutier nous a soufflé l’idée. C’est vrai que nous sommes plutôt complémentaires. Depuis tout est allé très vite et nous n’avons pas perdu notre enthousiasme. Un troisième associé nous a même rejoint.

Quel est ta formation ou ton parcours?

Je suis architecte. J’ai la chance de travailler sur des projets de toutes tailles. Du macro au micro.

Comment as-tu trouvé le nom de la marque?

Ça a été un travail collectif. Nous discutions de la marque avec Mélanie et de l’univers que l’on souhaitait lui donner. Nous voulions évoquer un style intemporel. Un classique. Néo-rétro au sens noble. Nous voulions incarner une époque ou les objets étaient conçus dans l’idée de durer. Le Moderne évoque pour nous l’homme de cette époque. Et puis, le mouvement moderne est un grand courant de l’architecture du début du 20ème siècle. Il est caractérisé par des principes dont on s’est largement inspiré. Décor minimal, lignes géométriques pures, vérité du matériau…

Pourquoi le Jonc? Qu’est-ce qui te plaît dans ce style de bracelet?

C’est un bracelet rigide, il a un côté très sculptural. On pourrait le décliner sous toutes les formes. C’est grisant de travailler sur un objet aussi abstrait. Il n’y a presque pas de limite dans la création d’un jonc, lorsqu’il est réalisé en fonte à cire perdue, comme ceux de notre collection. Le jonc peut être très discret ou au contraire très assumé, c’est ce qui me plaît dans ce style de bracelet. Il aurait pu être porté par Don Draper ou par Lenny Kravitz ! John Wayne en portait un.

Où puises-tu tes inspirations?

Dans l’architecture du mouvement moderne. La construction acier des années 50. Les lignes tendues en béton armé des bâtiments brutalistes. L’architecture de cette époque revendique une pureté des lignes. Je trouve ça très inspirant. Certains artistes minimalistes comme Sol Lewitt aussi. En fait quand c’est abstrait, ça m’inspire.

Pourquoi de l’argent 925?

L’argent 925 est un mélange constitué de 925/°° d’argent pur et de 75/°° d’un autre métal, c’est la composition de l’argent utilisé pour la fonte à cire perdue. Nous l’avons choisi pour son côté noble et modeste à la fois. C’est un métal précieux avec un prix abordable. J’aime ses variations, sa patine. Il vit. L’argent brille s’il est porté. Il s’oxyde et noircit si vous le rangez dans un tiroir. Regardez les ménagères de vos grands-mères !

Peux-tu expliquer le processus de conception. De la recherche du design à la finition en passant par les prototypes?

Chaque bijou est une création originale, imaginé et conçu en 3D. La modélisation 3D me permet de travailler précisément et immédiatement ce que j’imagine. Elle me permet aussi d’expérimenter sur la recherche de figures géométriques. Avant de lancer la production, chaque modèle est imprimé en plastique à l’aide d’une imprimante 3D. C’est à ce moment que l’on choisit les modèles qui feront partie de la collection et ceux qu’on ne fabriquera pas. Ensuite pour la fabrication, nous avons choisi d’utiliser la technique de la fonte à cire perdue. Seule cette technique nous permet d’arriver à la reproduction exacte de nos 3D. Les différentes finitions en argent massif de chaque bijou sont issues de longues phases de recherche et de développement avec nos fabricants. Le processus de conception nous permet de proposer des créations originales et des bijoux uniques.


Les joncs sont fabriqués dans quelle région de France? La fonte est un savoir-faire très spécifique? 
As-tu une période de test pour voir si le jonc est agréable à porter?

Notre atelier est situé dans le sud de la France. La fabrication française est pour nous un gage de qualité et cela nous permet d’échanger en direct tout au long de la production. En effet la fonte à cire perdue nécessite le savoir-faire d’artisans spécialisés. D’abord un moule est réalisé à partir de chaque modèle 3D. Ensuite, pas moins de sept étapes de fabrication sont nécessaires pour obtenir une fonte brute, avant d’effectuer toutes les finitions à la main. Pour la première phase de test, avant la mise en production, chaque bijou imprimé en plastique nous permet de vérifier que la taille est correcte et que la forme est fidèle à ce que l’on avait modélisé en 3D. Après nous effectuons les dernières modifications avant de les faire fabriquer. La deuxième phase de test se fait avec la première série. Nous échangeons régulièrement avec l’atelier de fabrication, nous sommes très à l’écoute de leur expertise technique.

Peux-tu raconter rapidement l’histoire d’un jonc qui a été pour toi le plus délicat à concevoir.

Je peux te parler de celui que tu portes ! Le Coupé a une histoire particulière. Je l’ai dessiné par erreur. J’avais dessiné un jonc avec un profil rectangulaire. Une forme classique. Je souhaitais travailler sur ses arêtes. Créer des facettes comme sur le Biaisé. Et finalement, à la suite d’une mauvaise manipulation sur ma 3D, je l’ai entièrement découpé. En 2 parties identiques. 2 joncs résultants d’une coupe en diagonale. D’où son nom. Je l’ai trouvé intéressant tout de suite. Il est simple à première vue, mais sa forme est complexe. La partie la plus fine du bracelet ne mesure qu’1,5 mm !

Effectivement, ce modèle est un vrai coup de coeur, je le porte tous les jours.  A qui s’adresse les bijoux? Hommes, femmes, mixte, dandy, biker, dapper?

Le Moderne est une marque pensée pour l’homme. L’idée est de créer une marque alternative. S’éloigner des clichés des bijoux pour hommes. Nous ciblons l’homme d’aujourd’hui, qui soigne son style. Un bracelet Le Moderne peut être porté avec une veste de costume… Ou un perfecto en cuir. Nous avons été sensibles à l’intérêt que tu as porté à notre marque parce que nous aimons l’univers de la moto vintage. Notre troisième associé est motard et notre photographe couvre le Wheels and Waves en France. Donc bien sûr nous nous adressons aux biker. Mais dandy, biker ou dapper ? Ça dépendra du modèle, de la finition et surtout de la façon de le porter. Le Moderne s’adresse avant tout aux personnes sensibles aux qualités d’une création originale, d’un bijou haut de gamme conçu avec un vrai savoir-faire.

As-tu des conseils pour bien les porter? Un jonc doit être porter seul ou avec d’autres bracelets?

L’argent s’associe facilement, il ressort très bien sur le foncé comme un teddy en cuir. Porté seul ou avec d’autres bracelets, il n’ y a pas de règle. Tout dépend du style souhaité. Personnellement, en ce moment, je porte le 2 demi ronds, seul.

Que faut-il éviter?

Le prendre trop petit. Ça comprime le poignet et en plus, il risque de rester caché sous la manche.

Comment choisir sa taille?

Nous avons un guide des tailles sur notre site. Il suffit de mesurer son poignet à l’aide d’un mètre ruban. Il faut garder à l’esprit qu’un jonc fabriqué en fonte à cire perdue est relativement souple. On peut donc l’ajuster exactement comme on le souhaite. A manipuler en douceur !

Je trouve le packaging excellent, peux-tu m’en dire plus sur le choix des matériaux et pourquoi ce design?

Le packaging est composé de 2 parties : une partie en mousse recyclée et une partie en béton. L’idée est de proposer un écrin que le client puisse réutiliser. On ne souhaitait pas faire seulement un packaging, c’est un présentoir, une manière de mettre en valeur son bijou lorsqu’il n’est pas porté. L’utilisation du béton est un clin d’oeil au modernisme, matériau de prédilection des architectes de cette époque.

Il y a 13 joncs actuellement dans la collection. Comment se passera la nouvelle collection?

Nous allons créer de nouvelles pièces. Et faire des bijoux autres que les joncs. L’esprit restera le même : Travailler sur des formes simples, épurées.

Restera-t-il des classiques, certains sortiront de la collection actuelle?

Certaines pièces de la collection seront conservées, d’autres seront arrêtées. Je ne peux pas en dire plus.

J’ai cru comprendre que tu pouvais les réaliser dans d’autres métaux précieux. Peux-tu m’en dire plus?

Oui, nous pouvons aussi faire chaque modèle de la collection en or jaune, rose ou blanc. Sur commande exclusivement. Compter environ 4 semaines de délai.

Jusqu’où va la personnalisation?

Chaque modèle de la collection possède son empreinte comme une marque de reconnaissance. Cette empreinte reprend le motif du profil du bracelet. C’est plutôt ça la signature Le Moderne. Nous ne faisons pas de personnalisation. Beaucoup de marques le font déjà. C’est assez courant de faire graver un bijou, rien n’empêche nos clients de le faire s’ils le souhaitent mais nous ne proposons pas ce service. Nous n’apporterions aucune valeur ajoutée.

 

Envisagez-vous des collaborations?

Nous sommes une très jeune marque. Bien-sûr que nous y pensons, mais chaque chose en son temps… Pour l’instant, cela ne reste que des projets.

Peut-on envisager que demain il y a aussi des bagues dans le même esprit?

C’est prévu ! Nous allons en proposer plusieurs. Dans le même esprit, des bagues à la géométrie pure.

Un peu plus sur toi. Quels sont tes passions ou loisirs?

Je ne dissocie pas ma vie personnelle et ma vie professionnelle. Ma passion pour l’architecture, le design et l’art se retrouvent également dans mon quotidien. Il y a toujours un bâtiment à visiter, une exposition à faire. Je m’intéresse également aux nouvelles technologies qui servent à produire le design et l’architecture d’aujourd’hui.

Quels sont les autres bijoux que tu aimes porter?

Des bagues et des montres. J’ai plusieurs montres. En ce moment, je porte une Braun à quartz, designée par le célèbre Dieter Rams. C’est une de mes préférées. Je ne m’en lasse pas. Je porte deux bagues dont une de Clara Jasmine, j’aime beaucoup son travail.

Où peut-on trouver les joncs en France? Avez-vous déjà des revendeurs?

Oui, on peut trouver les joncs Le Moderne sur le site Ocarat et dans 2 boutiques à Paris, dans le 11 ème : Mr S Motorcycles, rue Amelot et chez ISAL LABEL, avenue Parmentier. Et nous avons notre e-shop : www.lemoderneparis.com

Vous êtes trois dans l’aventure. Peux-tu présenter les autres personnes?

Mélanie est à l’origine du projet avec moi. Elle est au coeur de l’activité. Elle a arrêté son travail de commerciale dans le prêt-à-porter et l’accessoire de mode pour se consacrer à temps plein au Moderne. Elle endosse beaucoup de rôles à la fois, comme dans tout démarrage d’activité. Disons qu’elle s’occupe de la partie commerciale et moi de la partie créative. Notre troisième associé, Charles, s’occupe de la partie stratégique du Moderne. Il est arrivé dans l’aventure comme investisseur. Sans lui, le projet n’aurait pas pu se faire dans d’aussi bonnes conditions. Nous avons tous les trois en commun, le goût des beaux objets.

Souhaites-tu remercier des personnes qui t’ont aidé dans cette aventure?

Ma banquière. Non, je plaisante. Oui, je voudrais remercier tous nos proches, à Mélanie et moi, pour leur bienveillance depuis le début du projet. Et en particulier Julien Philippy, notre photographe, Nicolas Einbinder, qui a supervisé toute la création du site web et Elodie Foucat, pour l’adaptation de tous les textes.

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